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Un conseiller de Maxime Bernier défend ses écrits polémiques

Un proche conseiller du chef du Parti populaire du Canada (PPC), Maxime Bernier, a défendu une série de positions cinglantes et volontairement « polémiques » sur des questions épineuses au Québec dans un blogue peu connu qu’il chapeautait de 1999 à 2016.

Martin Masse, qui agit comme stratège et porte-parole de la formation d’inspiration libertarienne de l’ex-ministre conservateur, s’en est notamment pris aux participantes de la Marche mondiale des femmes en les qualifiant de « féministes hystériques » ou encore de « lesbiennes frustrées ».

Il décrit la « large dissémination » des armes comme une condition sine qua non « à la sauvegarde de la civilisation », préconise « le droit de discriminer » comme solution à la polémique sur le port de signes religieux et qualifie l’ex-premier ministre québécois René Lévesque de « pygmée ».

En entrevue, M. Masse a indiqué qu’il ne voyait pas la « pertinence » de ressasser ses écrits passés, mais maintient qu’il n’en renie pas un mot.

Certains des textes recensés par La Presse au cours des derniers jours à partir des archives du blogue se voulaient provocants et peuvent heurter les « oreilles sensibles ». D’autant plus que « la rectitude politique est encore plus présente » aujourd’hui qu’à l’époque où ils ont été rédigés, a-t-il noté.

« Des gens peuvent trouver que j’allais loin là-dedans, dans mes attaques », relève le conseiller.

De la violence « imaginaire »

Dans un texte paru en octobre 2000 sur ce qu’il appelle « La marche des femmelettes », M. Masse reprochait, par exemple, aux activistes ayant défilé dans les rues à l’appel de la Fédération des femmes du Québec d’être « des parasites incapables de se prendre en main » qui cherchaient à mettre des « bâtons dans les roues du développement capitaliste ».

Elles étaient issues, écrit-il, de « quelques sous-sections marginales de la gent féminine », dont, outre les catégories précitées, « les vieilles grincheuses qui ont mal planifié leur vie », les « fainéantes qui veulent plus d’argent et de meilleurs appartements », les « immigrantes déphasées » ainsi que les « victimes de violence conjugale réelle ou imaginaire ».

Dans un autre article paru en mai 1999 et intitulé « Littleton, les armes et la civilisation », M. Masse défend l’idée que « la liberté ne peut tout simplement pas s’épanouir réellement sans une large dissémination des armes » et prévient qu’elle risque de disparaître si les citoyens « ne peuvent plus s’armer ».

Le conseiller n’a pas voulu dire s’il adhérait toujours à cette vision des choses, qui va largement au-delà de l’approche préconisée officiellement par le PPC en matière d’accès aux armes.

Questionné à ce sujet, M. Masse a précisé que ses « opinions profondes » ne concernaient que lui et qu’il défendait publiquement la position officielle de la formation de M. Bernier.

Le stratège n’a pas voulu non plus revenir sur l’approche préconisée dans un texte sur les accommodements religieux dans lequel il s’opposait, comme libertarien, à l’idée que l’État joue un rôle dans la régulation du port de signes religieux.

C’est aux individus eux-mêmes, écrivait-il, d’exercer une forme de contrôle qui « enverrait un message clair à ceux qui ne sont pas les bienvenus ici ».

Une femme portant la burqa, notait l’auteur, « aura le choix de s’habiller comme une personne civilisée ou bien de retourner vivre dans sa société d’origine » si personne ne veut « lui acheter ou lui vendre quelque chose, ni la soigner, ni éduquer ses enfants, ni lui louer un appartement, ni l’embaucher ».

Dans un texte paru en 2001 intitulé « La statue à Ti-Poil », M. Masse revient par ailleurs sur la polémique suscitée par la taille de la statue aménagée près de l’hôtel du Parlement en l’honneur de René Lévesque.

Après avoir fustigé le rôle accru conféré à l’État par le politicien, le conseiller du PPC le qualifie de « petit despote nationalo-étatiste assoiffé de pouvoir » et de « pygmée », relevant que la statue est « réaliste » tant sur le plan politique que sur le plan physique.

Dans deux autres textes qui avaient été montrés du doigt la semaine dernière par l’organisation juive B’nai Brith, M. Masse s’efforce de démontrer que Jean-Marie Le Pen et l’ex-dirigeant autrichien Jörg Haider n’étaient pas des « néonazis ». Il précise bien qu’il ne partage pas leur idéologie, mais souligne qu’il est important de ne pas les décrire abusivement.

Cet appel à la rigueur intellectuelle n’empêche pas Martin Masse de qualifier des militants écologistes de « fascistes verts » dans un texte paru en février 2010 dans lequel il fustige les défenseurs du « réchauffisme ». 

Dans un autre article, paru en avril 2008, il s’en prend aux « fémifascistes ».

L’évocation du « fascisme » ne devait pas être comprise dans le « sens strict du mot » et visait à souligner que ces activistes manifestaient une « attitude autoritaire et un étatisme extrême », a expliqué M. Masse.

En novembre 2005, le proche de Maxime Bernier a déploré dans un texte intitulé « La démocratie, c’est le socialisme » que ce système politique soit utilisé pour « justifier la mainmise de l’État sur des pans entiers de la vie des individus ».

M. Masse s’y réjouit de « l’indifférence grandissante de la population envers la politique » et relève que les libertariens devraient avoir comme objectif « de discréditer la politique » plutôt que de « travailler à renforcer la démocratie » en « s’impliquant » dans ce domaine.

Il affirmait qu’un « Parti libertarien » qui deviendrait populaire serait porté à faire des compromis « pour se faire élire ou rester au pouvoir » et contreviendrait aux principes qu’il prétend défendre.

M. Masse a indiqué que sa pensée avait évolué à ce sujet depuis 15 ans.

« Si je pensais que l’implication politique était inutile, je ne ferais pas ce que je fais », a-t-il relevé, précisant qu’il n’avait pas à « raconter le cheminement intellectuel » effectué durant cette période.

Le conseiller de Maxime Bernier, qui a quitté son poste à l’Institut économique de Montréal l’été dernier pour soutenir la création du PPC, a précisé que le chef du parti n’avait pas lu l’ensemble des textes qu’il a écrits dans le passé.

Il a dit avoir confiance cependant que l’ex-ministre conservateur n’y trouverait rien à redire.

La plupart des textes, explique M. Masse, étaient des écrits « très sérieux d’inspiration philosophique » servant à exposer ses thèses libertariennes. « Des fois, je me laissais aller dans des textes plus polémistes, où je ne me gênais pas », résume-t-il.

Quatre écrits controversés

1er mai 1999

« La liberté ne peut tout simplement pas s’épanouir réellement sans une large dissémination des armes, et on peut s’attendre à ce qu’elle disparaisse à plus ou moins long terme si les citoyens ne peuvent plus s’armer. »

Octobre 2000

« On ne devrait pas pouvoir expulser une femme portant une burqa, ni la forcer à l’enlever. Sauf que si personne ne souhaite transiger avec elle – ni lui acheter ou lui vendre quelque chose, ni la soigner, ni éduquer ses enfants […], ni lui louer un appartement, ni l’embaucher – eh bien cette femme aura le choix de s’habiller comme une personne civilisée ou bien de retourner vivre dans sa société d’origine. »

Mai 2001

« [René] Lévesque n’était qu’un pygmée, à tous égards, et pour une fois, la statue qu’on a consacrée à ce politicien, en plus d’être réaliste sur le plan physique, l’est aussi sur le plan politique. »

Novembre 2005

« La chose la plus naïve et inutile que pourraient d’ailleurs faire les libertariens, c’est bien de tomber dans ce piège et de travailler eux aussi à renforcer la démocratie en s’impliquant dans le processus politique pour faire avancer leurs idées. »

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