Critique

Le Sri Lanka dans votre assiette

Nama

3439, rue Saint-Denis, Montréal

514 461-0130

namamontreal.com

Si vous avez envie d’essayer une cuisine différente, relevée, parfumée, chaleureuse et mijotée, en ce début d’automne parfois un peu abrupt, voici une idée : Nama, rue Saint-Denis.

C’est là que Jeya Sivans, une traiteuse britannique d’origine sri lankaise arrivée à Montréal il y a à peine six mois pour y rejoindre son mari, a décidé de s’installer pour faire découvrir aux Montréalais la cuisine de son pays d’origine, que l’on connaît bien peu ici.

Si vous vous demandez ce que sont le « kottu roti » et le « coconut roti » – du pain ! – ou quel est le goût des « karis » de ce pays qu’on appelait jadis Ceylan, c’est le temps de plonger.

Installé à deux pas du métro Sherbrooke et de l’ITHQ, Nama n’est pas là pour attirer les foules de l’UQAM, m’a-t-on expliqué quand j’ai demandé pourquoi on s’était ainsi posé près du Quartier latin. « Il faut dire qu’on n’est pas ouvert le midi. »

Et on n’est pas non plus dans une cantine à rabais qui sert les omniprésents samosas et dahl du sous-continent version Parc-Ex. Rien de ce qu’on a mangé ne ressemblait à un plat servi dans ces restaurants indiens montréalais souvent nord-américanisés.

Et si vous demandez à la propriétaire où aller manger dans sa Londres natale, elle vous dira de ne surtout pas aller à Brick Lane, la destination touristique à curry. « Vous connaissez les plats préparés sous vide qu’on achète au supermarché ? Eh bien ! c’est ça qu’ils servent là-bas. »

Jeya, elle, cuisine tout de A à Z dans son restaurant.

Et elle est 100 % au Sri Lanka côté casseroles.

Donc, oubliez le poulet au beurre ou le nan. 

On est ailleurs.

Et ceux qui fréquentent le Nama sont souvent d’origine sri lankaise ou indienne, en quête d’authenticité. Mais il y a aussi les voyageurs de la table à la recherche d’exotisme ou de souvenirs ou de différence qui viennent manger dans cette demeure victorienne aux hauts plafonds du Plateau, aménagée avec un bar jaune, beaucoup de bois, des tabourets de métal et des fauteuils cannés, ainsi que des photos et des images anciennes du Sri Lanka, qui donnent à l’ensemble des airs rétro-post-coloniaux.

Mes plats préférés ? 

D’abord, j’ai adoré le kari de chèvre appelé « Welcome to Jaffna », bienvenue à Jaffna, cette ville du nord du pays, en terre tamoule, qui propose des caris traditionnellement à base de cannelle, cumin, coriandre, graines de fenouil, fenugrec, clou de girofle, feuilles de cari, piment, et probablement aussi quelques ingrédients secrets. C’est aussi, je crois, chez Nama un des plats qui posent le moins de défi, côté saveurs inattendues ou épices relevées. On dévore la viande mijotée toute tendre, la sauce onctueuse.

Autre succès : le cari de crevettes, « nilavelli », de gros crustacés encore très tendres, donc pas trop cuits, servis dans une sauce tomate aux oignons. Là encore, on termine le plat avec des « coconut roti », ces pains plats typiquement sri lankais moins gonflés que les nans des Indiens, mais qui servent tout aussi efficacement et délicieusement à éponger les sauces dans les fonds d’assiette. On aurait aussi aimé essayer les « string hoppers », des nouilles de riz traditionnellement servies avec de la noix de coco, mais il n’en restait plus, nous a-t-on expliqué. Du riz au citron, tout simple, a donc pris la relève.

Qu’a-t-on encore apprécié autour de la table ? Un des plats végétaliens du menu, l’Ella’s Garden, à base de noix de cajou bios et de petits pois, cuit dans le lait de coco, les piments doux, de la cannelle et de la poudre de cardamome. Hautement parfumé, désarçonnant, très crémeux. 

On nous avait promis que le kottu roti avec jarret d’agneau serait la pièce maîtresse. Ce fut effectivement un grand succès auprès de toute la tablée, même si moi, personnellement, j’ai trouvé la viande un tantinet trop résistante sous la dent. 

Le concept : une grosse pièce d’agneau avec l’os, bien sûr, à partager, déposée sur des « coconut roti » en miettes, mélangés avec oignon, poireau, piments… Et ail, ponctuation bien présente dans toute cette cuisine, d’ailleurs. Ce mélange est franchement sympathique et réconfortant. Au Sri Lanka, c’est un classique de la cuisine de rue.

Si le bœuf au diable était parfumé, avec sa coriandre et son gingembre frais, il était surtout extrêmement pimenté, ce qui a un peu assommé la table, puisqu’on l’a commandé d’entrée de jeu. C’est ce qui arrive quand on n’est pas habitués. En revanche, le thon frit et la banane frite ont été dévorés en deux secondes et quart, fondant, juste assez mis en relief par une touche de « ketchup ceylanais ».

Au dessert, je n’ai pas été charmée par les crêpes à la noix de coco et au sucre de palme, mais les autres convives, plus jeunes, se sont lancés dans l’assiette et ont fait disparaître rapidement chaque morceau plutôt mou, plutôt dense, vaguement collant, de ces galettes farcies. Note amusante : on les sert avec du sirop d’érable. Sur le menu, on disait que la glace à la noix de coco était servie avec des fruits frais, de l’ananas grillé, le soir où nous sommes passés. Ça, c’était plus délicat, plus léger et élégamment plus acidulé pour clore ce riche festin.

NOTRE VERDICT

Prix : Plats mijotés de 12 à 18 $, entrées de 6 à 10 $, kottu roti à l’agneau 30 $

Carte des vins : Il y a du vin, il y a surtout de la bière importée, différentes boissons chaudes ou fraîches très parfumées. La maison propose aussi du thé bio, de l’eau de coco, de la bière de gingembre, etc.

Service : Chaleureux, personnalisé. La propriétaire est franchement sympathique.

Aménagement et ambiance : Le restaurant est installé dans un ancien appartement d’une de ces demeures victoriennes qui bordent les grandes artères du Plateau. Le lieu a été à peine décoré avec des images du Sri Lanka, d’anciennes photos ; le style général est un peu rétro.

Plus : L’exotisme général et la gentillesse de la propriétaire

Moins : Il manquait quelques plats au menu

On y retourne ? Oui

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