MON CLIN D’œIL STÉPHANE LAPORTE

Les trains du REM seront fabriqués en Inde, mais on n’aura pas besoin de s’habiller en Justin Trudeau pour les prendre.

Opinion

Et si Ariel était blanc ?

Depuis le 12 mars dernier, il n’y a pas un seul matin où je me lève en n’espérant pas de tout cœur lire que le petit Ariel, 10 ans, (je répète : 10 ans !) a été retrouvé. 

Tous les matins, mes entrailles de mère me font mal et ce n’est même pas mon enfant, alors je n’ose imaginer comment se porte la mère d’Ariel. Un mois sans nouvelles ! Où est-il ? Enterré quelque part dans un boisé après avoir été victime d’un psychopathe ? Au fond de la rivière des Prairies ? Captif dans une maison avec un fou furieux qui en a fait son esclave ? 

Chose certaine, Ariel est quelque part, on ne disparaît pas de la surface de la planète sans laisser de traces. Le problème, c’est qu’il peut être n’importe où après un mois. 

Ce que je ne comprends pas et qui me semble inacceptable, c’est qu’on ne parle plus d’Ariel. Il est devenu une vieille nouvelle, un fait divers comme tant d’autres. 

Les premiers jours, je voyais des dizaines de publications à son sujet sur Facebook, tout le monde envoyait des pensées et des prières aux parents, les médias en ont fait leur nouvelle la plus importante. Et puis, plus rien.

La couleur de la peau

Ariel a 10 ans. Et il est noir. Ça y est, je l’ai écrit. Ça me trotte dans la tête depuis le début, mais je me disais qu’ici au Québec, on ne ferait pas de distinction entre un enfant blanc qui s’appellerait Alexandre Tremblay et un enfant noir qui s’appelle Ariel Jeffrey Kouakou.

Je suis la maman blanche de quatre enfants noirs et je peux malheureusement témoigner qu’encore aujourd’hui, en 2018, mes enfants sont souvent traités comme des humains de second rang. C’est beaucoup dans le regard, mais aussi dans les paroles et les non-dits.

Alors, si Ariel était blanc, si Ariel était le fils d’une famille blanche, est-ce que les efforts et la mobilisation pour le retrouver auraient été différents ? J’aimerais en mon âme et conscience n’avoir aucun doute, mais ce n’est pas le cas.

Si c’était votre enfant ou celui d’un de vos proches qui était disparu depuis 30 jours, que feriez-vous ? Laisseriez-vous la police, les médias et la population baisser les bras ? Accepteriez-vous que votre enfant devienne un fait divers parmi tant d’autres ? Pensez-vous qu’Ariel aurait plus de chances d’être retrouvé s’il s’appelait Alexandre Tremblay ? Dites-moi que non, svp.

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