Julien Reiher Umojha

Pour la Première Paix mondiale

Le bonheur est fait de petites choses. Toutes les deux semaines, nous vous présentons le portrait de gens inspirants qui ont su créer leur bonheur au quotidien.

Il était une fois une œuvre murale. Une œuvre murale qui avait pour sujet « l’unité de l’humanité ». Et comme but, la Première Paix mondiale.

Cette ambitieuse création est datée de 1985 et signée par Julien Reiher Umojha.

Umojha, en langue swahilie, signifie justement « unité » : un pseudonyme bien choisi.

Originaire d’Haïti, Julien Reiher est arrivé à Montréal en 1966. Un an avant l’exposition universelle Terre des hommes, qui l’inspirera à jamais. « Les gens étaient accueillis à bras ouverts. Partout, on se disait ‘’Bonjour’’. Montréal avait ouvert une grande porte sur le monde. Inoubliable. » Artiste multidisciplinaire – musicien, peintre, poète – ainsi qu’animateur socioculturel, il a commencé à évoquer la Première Paix mondiale dans les années 70, en pleine menace nucléaire.

« Je le disais à mes amis : “Arrêtez d’avoir peur, nous n’arriverons pas à nous autodétruire.” »

En 1976, Julien a conçu le dessin qui sera le leitmotiv de toute sa vie : Unité Humanité.

« J’ai voulu reproduire sur papier l’image de la paix du cœur. Dans notre esprit, il y a plusieurs voix qui alternent et qui espèrent nous séduire ; mais nous avons le privilège de choisir. La voix de la paix du cœur est facile à reconnaître, car c’est la seule qui nous donne un sentiment de bonheur, un besoin de partage. »

Neuf ans plus tard, Julien a eu l’idée de peindre cette œuvre sur un mur, dans l’ancien quartier du Red Light. « C’était une zone bouillonnante de vie, de diversité, de couleurs… un carrefour d’identités. J’y avais un petit snack-bar, situé à l’intérieur d’une épicerie multiethnique nommée Hinkins. Les gens venaient de partout, pour humer les parfums de leur pays. Avec mon art, j’imaginais ouvrir une petite fenêtre pour que les personnes découvrent la richesse de leur humanité ; je voulais que chacun, en passant par là, se sente en paix. »

C’est comme ça que Julien, soutenu par le ministère du Patrimoine, a réalisé son œuvre sur le mur de l’épicerie qui est orienté vers le nord.

« Au 1207, boulevard Saint-Laurent », précise-t-il.

Et en effet, un changement, comme un mouvement positif, s’est fait sentir. « ll y avait davantage d’échanges, de sérénité, d’allégresse. L’art a aussi cette mission, de générer de la joie. J’y crois profondément. »

L’œuvre murale n’est plus visible aujourd’hui. Trois ans après sa réalisation, elle a été cachée par un faux mur. Ce fut un dur coup pour Julien. « Un jour, en me promenant dans les rues que j’aimais tant, j’ai fait le constat : la murale n’était plus là. Ou pour mieux dire, elle ne s’offrait plus à notre vue. »

Pourquoi ? « Je ne me suis pas posé la question. Surtout, j’ai refusé de me mettre en colère. Je me suis dit : ‟La murale est encore vivante. Elle continue d’exercer sa fonction. Elle n’a pas été effacée ; elle est toujours à sa place, pour nous transmettre son énergie de paix et d’amour.” »

Après 22 ans, la résilience de Julien a été récompensée.

« En 2010, Unité Humanité a été sélectionnée pour devenir l’image de couverture du calendrier du Mois de l’histoire des Noirs. Quand je suis arrivé à l’hôtel de ville pour le lancement, j’ai vu, projetée sur une paroi, mon œuvre, intacte et vibrante : la murale en grandeur naturelle. Et en avant, debout, il y avait un tambour. »

Oui, un tambour, parce que Julien est aussi membre fondateur des Tam-tams du mont Royal. « Les Tam-tams restent le seul événement qui n’a pas besoin d’invitation par courriel, ou par Facebook. Depuis le début des années 80, le dimanche au mont Royal, si la météo nous donne un peu d’espoir, on se rassemble, simplement. Toutes les origines, les conditions sociales, les croyances sont bienvenues. Les différences sont là pour nous unir. Le rythme du tam-tam est le rythme du cœur. »

Pour Julien, le fait que les Montréalais vibrent encore au son des tam-tams est bien la preuve que la paix est possible.

Mais qu’est-ce que cela signifie exactement, la Première Paix mondiale ? « On ne peut pas arrêter le progrès de l’espèce humaine, tout comme il n’est pas envisageable de bloquer l’avancée de la science ou de la technologie. Notre but est de vivre en paix, résume Julien Reiher. Alors, ce n’est pas une question de signer des ententes. La paix dont je parle, c’est la paix du cœur. Nous pouvons y parvenir ensemble. Nous sommes en route, depuis longtemps. Maintenant, les temps sont mûrs. Après, on signera les papiers aussi. »

Unité Humanité vue par l’auteur

Sa conception commence par un point. Ce point devient le centre de quatre cercles concentriques de couleur jaune, blanc, rouge et noir. Ces couleurs représentent la diversité de tous les peuples de notre planète et leurs métissages dans une circonférence unique de paix, d’harmonie, de joie, de santé, d’amour humanitaire et de progrès.

Au centre se trouve le cœur. Ce cœur, organe central de l’individu qui correspond généralement à la notion de centre. Il symbolise le siège de l’intelligence émotionnelle, l’intuition et les valeurs affectives propres à l’humain. Il symbolise aussi les rapports des êtres créés avec la cause de leur création.

son truc pour rester optimiste au quotidien ?

Chaque jour, je me dis : « Je ne me mettrai pas en colère avec personne, pour aucune raison. »

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