Astronomie

rarissime rendez-vous avec Mercure

Lundi, la planète Mercure passera directement entre la Terre et le Soleil. Ça n’arrive pas souvent. En fait, le prochain passage n’aura lieu qu’en 2032, et encore, les Québécois ne pourront pas assister au phénomène parce qu’il fera nuit.

Ensuite, ils devront attendre au 7 mai 2049 pour observer ce fameux passage.

« Dans 30 ans, on ne sait pas où on sera, ni dans quel état », laisse tomber Olivier Hernandez, directeur du Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal.

Le Planétarium a donc décidé d’organiser un événement pour permettre à tout un chacun de vivre l’événement en direct. Très tôt lundi, les animateurs et astronomes de l’établissement, accompagnés de plusieurs bénévoles passionnés d’astronomie, accueilleront les citoyens devant le Planétarium avec une collection de télescopes munis de filtres spéciaux.

« Il ne faut jamais regarder le Soleil à l’œil nu, ça peut endommager les yeux, rappelle M. Hernandez. C’est encore plus dramatique lorsqu’on regarde le Soleil avec un instrument d’optique, que ce soit des jumelles ou un télescope. Il faut s’assurer que ces jumelles ou ce télescope soient équipés de filtres spéciaux qui laissent passer une infime partie de la lumière du Soleil. »

À 7 h 36, la plus petite planète du système solaire semblera toucher le disque solaire. C’est ce qu’on appelle le premier contact.

« Le deuxième contact, à 7 h 37, c’est lorsque Mercure touche encore le bord du Soleil, mais à l’intérieur du disque solaire, indique M. Hernandez. On a l’impression de voir une goutte d’eau, une goutte noire, c’est le plus beau moment. »

Puis, la petite planète commencera sa longue traversée du disque solaire, un voyage de près de sept heures.

« Généralement, Mercure est une planète très difficile à voir parce qu’elle est toujours dans la luminosité du Soleil, affirme M. Hernandez. Mais lorsqu’elle passe devant le Soleil et qu’on a un filtre, on peut en profiter pour l’observer correctement. »

— Olivier Hernandez, directeur du Planétarium de Montréal

À 13 h 02, Mercure touchera à nouveau le bord du disque solaire pour en ressortir vers 13 h 04.

Seules deux planètes peuvent passer entre le Soleil et la Terre : Mercure et Vénus.

« C’est une sorte de mini-éclipse, explique le directeur du Planétarium. La taille de Mercure et de Vénus est très petite par rapport au Soleil. Compte tenu de la distance [entre elles et la Terre], elles ne vont pas du tout occulter le Soleil comme pourrait le faire la Lune. Le diamètre apparent de la Lune se compare au diamètre apparent du Soleil. Ce n’est pas du tout le cas pour Mercure et Vénus. Nous ne verrons qu’une petite tache devant le Soleil. »

Le passage de Vénus est encore plus rare que celui de Mercure parce que son orbite est considérablement plus grande. Ainsi, le prochain passage de Vénus aura lieu le 11 décembre 2117. Le dernier a eu lieu en 2012.

« C’est surtout la rareté du phénomène qui est importante parce que d’un point de vue scientifique, ça ne nous apprend plus grand-chose aujourd’hui, affirme M. Hernandez. Mais dans le passé, ça nous a appris des choses. »

Il explique que les passages de Mercure et de Vénus ont permis aux scientifiques de comprendre et de mettre au point des techniques pour observer le passage d’exoplanètes devant leurs propres étoiles. « Ça nous aide à mesurer leur atmosphère et à la caractériser », explique M. Hernandez. Il suffit de mesurer la luminosité de l’étoile, puis de la mesurer à nouveau au cours du passage de l’exoplanète et d’en faire la soustraction. « On peut ainsi retrouver la composition de son atmosphère », dit-il. 

L’expérience obtenue dans l’observation des passages de Vénus et de Mercure a permis de perfectionner les instruments du télescope James-Webb, qui sera propulsé dans l’espace en mars 2021.

En attendant, les gens du Planétarium croisent les doigts au sujet du temps lundi. Effectivement, si les nuages couvrent le ciel, l’observation tombera à l’eau.

« Nous irons alors à l’entrée du Planétarium, où nous aurons un mur-vidéo, indique M. Hernandez. Nous nous brancherons aux différents systèmes de la NASA qui nous permettront de suivre en direct le passage de Mercure. Mais c’est sûr que c’est plus intéressant de le voir en vrai. »

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