1932-2018

Le cinéma perd un « maître »

Le réalisateur de Vol au-dessus d’un nid de coucou s’est éteint à 86 ans

Le cinéaste américano-tchèque Miloš Forman, récompensé plusieurs fois à Hollywood et qui avait fui son pays avant la répression du Printemps de Prague en 1968, est mort hier à l’âge de 86 ans.

« Martina Forman m’a appris tôt ce matin que [son mari] Miloš était mort à l’hôpital Danbury, près de leur maison à Warren, dans le Connecticut », a indiqué à l’AFP son agent et ami Ennis Aspland.

Les médias tchèques ont cité l’épouse du cinéaste annonçant qu’il s’était éteint « paisiblement, entouré de sa famille et de ses proches ».

Miloš Forman avait reçu deux fois l’Oscar du meilleur réalisateur, en 1976 pour Vol au-dessus d’un nid de coucou et en 1985 pour Amadeus.

L’Académie des César a salué hier la mémoire d’un « Géant, gravée à jamais dans l’Histoire du Cinéma ».

« La verve et la force de vie de ses œuvres n’ont d’égales que sa farouche volonté de combattre tous les totalitarismes. »

— Extrait d’un communiqué de l’Académie des César

Miloš Forman était un « génie de la cinématographie » et un « maître dans la présentation de la condition humaine », a souligné l’acteur Antonio Banderas dans un message sur Twitter.

Né le 18 février 1932 dans la ville de Caslav, à l’est de Prague, Miloš Forman avait perdu ses parents, résistants tchèques contre l’occupant nazi, dans les camps de concentration.

Dans les années 60, après des études à l’école de cinéma de Prague, il se joint à la nouvelle vague de cinéastes se dressant contre le régime communiste. Il se fait connaître par ses films L’as de pique, Les amours d’une blonde et Au feu, les pompiers.

Peu de temps avant l’occupation de la Tchécoslovaquie par les forces du pacte de Varsovie en 1968, qui a mis fin à une période libérale connue sous le nom de Printemps de Prague, Miloš Forman part vivre aux États-Unis, via la France.

En 1983, il retourne à Prague, encore sous le régime communiste, pour tourner Amadeus, qui lui apporte son deuxième Oscar de réalisateur.

« Il avait un beau caractère et une énergie fantastique, les gens voulaient rester près de lui, c’était un fabuleux conteur et un homme adorable », a déclaré le réalisateur tchèque David Ondříček, fils du cameraman de Forman, Miroslav Ondříček, sur le site du quotidien DNES.

Épris de Liberté

Gilles Jacob, ancien directeur du Festival de Cannes, a souligné que Miloš Forman avait été « le seul réalisateur à être passé de la Nouvelle Vague tchèque (L’as de pique) aux grands films d’auteur populaire américain couverts d’Oscars (Amadeus) ». Miloš Forman laisse une « œuvre immense », a-t-il ajouté.

« Il aimait la bière, le tennis, Cannes… Il disait “Dites la vérité, c’est tout” », a tweeté Gilles Jacob.

Tourner avec Miloš Forman était « une expérience monumentale », a souligné Jim Carrey, qui a joué dans Man on the Moon.

« Personne ne savait mieux capturer de petits moments de comportement humain », a estimé de son côté le scénariste de Forman, Larry Karaszewski, l’auteur des scénarios de Larry Flynt (1996) et Man on the Moon (1999) avec Scott Alexandre.

« Miloš aimait la vie et ses rires vont me manquer », a-t-il ajouté.

« Je lui serai toujours reconnaissant d’avoir raconté mon histoire », a déclaré Larry Flynt, l’éditeur de magazines pornographiques, en référence au film de 1996 qui porte son nom, et qui avait valu à Forman une nouvelle nomination aux Oscars.

« Personne d’autre n’a su réunir comme lui une narration magistrale avec des images extraordinaires. »

— L’acteur britannique Cary Elwes, dans un tweet

Thierry Frémaux, délégué général du festival de Cannes, a lui insisté sur le fait que « l’œuvre de Miloš Forman tourn[ait] autour de la liberté ».

« À chaque film, il était sur la description de destins individuels qui pouvaient être en effet le jeune Mozart ou un homme incarné par Jack Nicholson qui, dans Vol au-dessus d’un nid de coucou, décide de se faire interner pour échapper à la prison et mettre de la joie, de la pagaille, de l’anarchie dans l’hôpital psychiatrique », a-t-il rappelé à l’antenne de la radio Europe 1.

Parmi les autres films de Miloš Forman figurent notamment Hair (1979), Ragtime (1981), Valmont (1989) et Les fantômes de Goya (2006).

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