Assurances

Promutuel veut gagner du terrain à Montréal

Québec — Le regroupement de mutuelles d’assurance Promutuel reste méconnu dans la région montréalaise, malgré ses 166 ans d’histoire bien comptés. Sa croissance sera fonction de sa capacité à assurer le service à la métropole dans les prochaines années. En entrevue, son chef de la direction, Sylvain Fauchon, n’exclut pas d’avoir pignon sur rue un jour dans certains quartiers de l’île.

« Nos racines agricoles [qui remontent à 1852] expliquent notre très forte présence en région. Mais, on a encore un déficit de notoriété dans les grands centres, essentiellement la région de Montréal », explique M. Fauchon, 46 ans. La Presse l’a rencontré au siège social de l’institution, à Québec, fin septembre.

L’an dernier, le groupe Promutuel a perçu 820 millions de primes, en hausse de 5,3 %, un score en concordance avec la croissance de l’industrie. M. Fauchon vise une progression de 6 % des primes souscrites en 2018, rien de débridé pour une organisation qui a vu sa part de marché dans l’assurance de dommages passer de 7,5 % à 8,1 % en cinq ans, selon les chiffres publiés par l’Autorité des marchés financiers.

« Il y a encore de la place pour croître au Québec, surtout dans la région de Montréal », assure le patron de Promutuel. Le réseau a beau fédérer 17 mutuelles proposant plus de 100 points de service aux quatre coins de la province, aucune n’est physiquement présente dans l’île de Montréal.

Depuis le 4 novembre 2013, toutefois, le territoire montréalais est pris en charge par l’entité Promutuel Assurance, où une cinquantaine d’employés occupent des bureaux dans le secteur du métro Longueuil, au 1010, rue De Sérigny.

Le bureau connaît du succès. « On va s’approcher des 50 millions de primes à la fin de l’année », souligne l’actuaire de formation.

La campagne publicitaire « Promutuel est là », qui a pour but de mousser la notoriété de la marque, y est sans doute pour quelque chose.

« C’est probablement notre meilleure campagne. »

— Sylvain Fauchon, chef de la direction du groupe Promutuel

L’assureur avait toute une côte à remonter en matière de notoriété. En 2017, il se classait au 183e rang de l’enquête Léger sur la réputation des entreprises publiée par le journal Les Affaires, derrière les concurrents Desjardins, La Capitale et Intact.

Encouragé par les résultats obtenus par son équipe de la Rive-Sud, Promutuel est de plus en plus convaincu que les Montréalais ont envie de faire affaire avec une structure de type coopératif, comme une mutuelle. « On est contents de ce qu’on a réalisé jusqu’à maintenant, quelle est la prochaine étape ? », se demande-t-il.

L’organisation réfléchit à l’idée de travailler à l’échelle des collectivités, des quartiers, en somme. « Il y a un potentiel. Il y a un filon intéressant à tabler sur le volet collectivité plutôt que de voir Montréal comme un tout. C’est dans les cartons, mais je ne vous annonce rien aujourd’hui », prévient Sylvain Fauchon.

Miser sur la coopétition

Outre le défi de la croissance, Promutuel doit réagir sur le front de l’innovation. Vu de l’extérieur, il paraît en retard par rapport aux leaders du marché, comme Desjardins qui inonde les ondes de messages sur ses services de soumission et de réclamation 100 % en ligne.

Promutuel n’a pas les moyens financiers du géant vert, mais il ne se tapit pas dans les tranchées pour autant.

En 2017, il a lancé sur son site internet l’espace client, qui permet à ses membres-assurés de consulter leurs documents d’assurance à distance. Puis, il a sorti Appi, sa propre version des programmes permettant aux assurés d’obtenir une tarification d’assurance automobile en fonction de leur conduite.

« Pour la suite, on réfléchit sur la meilleure façon de se positionner. Mais il faut appeler un chat un chat. Nous n’avons pas la taille pour accoter les leaders du marché qui font du bruit autour de ça. »

— Sylvain Fauchon

Pour surmonter sa faiblesse, Promutuel jongle avec l’intercoopération ou la coopétition, une démarche qui vise à coopérer avec des concurrents. « Est-ce qu’on peut s’associer avec des gens pour avoir un peu plus de levier sur des éléments d’innovation ? », se demande-t-il à voix haute.

Le principe de la coopétition est de collaborer dans un domaine où les acteurs ne disposent pas d’avantages concurrentiels et pour lequel des économies sont possibles, selon le site internet e-marketing.

En attendant les grandes manœuvres, Promutuel poursuit l’implantation d’un nouveau système d’émission de polices, un investissement de plusieurs dizaines de millions qui se décline en phases depuis 2011. « Le 14 octobre, 2000 personnes chez Promutuel vont rouler avec le nouveau char ! », s’exclame M. Fauchon, en faisant allusion à la mise en service du nouveau système informatique. « Cette infrastructure va nous faciliter la vie dans tout le virage numérique qu’on est en train de prendre », annonce-t-il.

Pour déterminer l’ampleur du virage à négocier, de même que les solutions aux autres enjeux de l’industrie comme la rareté de la main-d’œuvre, Promutuel entamera prochainement un nouvel exercice de réflexion stratégique couvrant les années 2020-2022.

Quand les tornades déferlent

Comment a réagi le patron du quatrième assureur de dommages en importance au Québec quand il a appris que des tornades avaient frappé Gatineau le 21 septembre ? « On voit la nouvelle à la télé comme tout le monde, dit Sylvain Fauchon. Je prends le téléphone. J’appelle le DG de la société Promutuel Assurance Outaouais. “François [Chartier], comment ça va ? Qu’est-ce qui se passe ?” On le met en contact avec certains services corporatifs qui peuvent l’aider. On le met en relation avec ses pairs, les mutuelles voisines. » « C’est notre raison d’être, poursuit le chef de la direction. On n’est pas contents quand un drame arrive, mais quand ça se produit, c’est l’occasion d’exercer notre promesse. Quand on reçoit votre prime, on dit qu’on va prendre soin de vous. Quand ça arrive, c’est le branle-bas de combat. Autant à l’interne qu’au niveau de l’industrie avec le BAC [Bureau d’assurance du Canada], il y a une mobilisation. »  Est-ce qu’on s’inquiète de l’impact du drame sur la performance financière de la société ? lui a-t-on demandé. « Honnêtement, sur le coup, on ne pense pas à ça, assure-t-il. Ce qui compte, c’est le terrain. C’est vraiment une poussée d’adrénaline. C’est bien plus tard qu’on se met à penser à la façon dont on va expliquer les conséquences au conseil d’administration. »

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