Cyclisme

« Chaque course comme si c’était la dernière »

Malgré l’incertitude, la cycliste Maghalie Rochette est en Europe et espère la tenue de la Coupe du monde de cyclocross

Maghalie Rochette a toujours su faire bon usage des réseaux sociaux.

Samedi dernier, la cycliste revenait des Championnats du monde de vélo de montagne de Leogang, en Autriche, quand quelqu’un l’a interpellée sur Instagram. Cette personne lui demandait si elle participerait le lendemain à la course de cyclocross de Steinmaur, en Suisse.

Rochette avait rayé cette compétition de son agenda, persuadée qu’elle se déroulait le même jour que l’épreuve de cross-country des Mondiaux, qu’elle venait de terminer. Vérification faite, Steinmaur se trouvait à une heure de route. Changement de cap pour la cycliste québécoise, son fiancé et entraîneur, David Gagnon, et leur chienne Mia.

Voyageant à bord d’une autocaravane, le trio s’est arrêté à proximité du parcours pour y passer la nuit. Le lendemain, la Québécoise a remporté la course. À défaut d’être une victoire majeure, il s’agissait de sa première à vie sur le sol européen.

« Ça partait bien ma saison de cyclocross et gagner, ce n’est jamais facile », a souligné Rochette vendredi au téléphone.

L’athlète de 27 ans se félicitait surtout du choix judicieux d’avoir loué ce motorisé plutôt que de s’installer dans un pied-à-terre en Belgique comme le couple en avait l’habitude durant la saison hivernale.

« Si on n’avait pas eu le campeur pour dormir là, ça aurait été trop tard pour s’organiser. »

— Maghalie Rochette

En cette période où la deuxième vague de COVID-19 déferle aux quatre coins de l’Europe, le mot d’ordre est flexibilité.

Quand Rochette nous a rappelé vendredi, elle se trouvait à Saint-Restitut, dans le sud de la France, dans l’appartement de son beau-frère Antoine Duchesne, cycliste professionnel pour l’équipe Groupama-FDJ. Ce dernier revient ce samedi pour entreprendre son déménagement dans la région d’Annecy.

Rochette et Gagnon mettront alors le cap sur Berne en vue d’une deuxième compétition de cyclocross. Elle aimerait y signer une autre victoire, d’autant que le niveau s’annonce plus relevé (catégorie C1 au lieu de C2 comme à Steinmaur).

Auteure d’un premier succès en Coupe du monde il y a un an en Iowa, Rochette avait terminé la saison au sixième rang du classement général. Aux Championnats du monde de Dübendorf (Suisse), elle avait fini 14e, son meilleur résultat depuis sa cinquième place surprise à son premier essai en 2017.

Elle aimerait poursuivre sur cette lancée, mais dans le contexte pandémique actuel, difficile de regarder trop loin.

« J’aborde chaque course comme si c’était ma dernière. Je veux en profiter le plus possible pendant que je suis ici. »

— Maghalie Rochette

Depuis deux ans, Rochette mène son propre projet sportif avec son partenaire David, qui agit également comme mécano. Elle a réuni des commanditaires pour former l’équipe Specialized/Feedback Sports, dont elle est l’unique coureuse. Même si elle n’a jamais senti de pression en ce sens, cette campagne européenne est la seule façon de leur donner de la visibilité. « Si mon travail [et mon salaire] n’en dépendait pas, je serais restée chez moi. »

Après le blues inévitable du début du confinement, la cycliste de Sainte-Adèle a retrouvé forme et motivation au fil de l’été. La confirmation de la tenue des Mondiaux de vélo de montagne en Autriche lui a fourni un premier objectif.

Même si elle a délaissé la discipline il y a deux ans – elle avait fini 9e aux Mondiaux U23 en 2013 –, elle a gagné la médaille d’argent à l’épreuve inaugurale de vélo à assistance électrique aux Mondiaux du Mont-Sainte-Anne, l’été dernier. Son équipementier Specialized était heureux de lui procurer un vélo à Leogang, où elle s’est classée cinquième.

Au cross-country olympique, son premier à ce niveau en cinq ans, elle était satisfaite d’avoir remonté la moitié du peloton avant qu’un pépin mécanique la fasse reculer jusqu’à la 33e position. « Ce n’est pas incroyable, mais pas mauvais non plus », a résumé celle qui, pendant un moment, a suivi Emily Batty, 27e et meilleure Canadienne.

Le cyclocross reste son véritable objectif. Jeudi, l’Union cycliste internationale a annoncé que la Coupe du monde, déjà amputée de sa tournée américaine et d’une étape en Irlande, serait réduite de 11 à 5 épreuves, concentrées sur une période de deux mois à partir de la fin novembre. Les Mondiaux sont prévus à Ostende, en Belgique, les 30 et 31 janvier.

« Difficile de se fixer des objectifs similaires à ceux de l’an dernier. J’aimerais dire que je veux finir sur le podium du classement général final, mais ce n’est pas réaliste parce que je ne sais pas s’il y aura des Coupes du monde. »

— Maghalie Rochette

« Par contre, j’aimerais être plus constante, a souligné la triple championne canadienne. Finir plus souvent dans le top 5 ou peut-être monter sur le podium en Europe, ce que je n’ai jamais réussi. »

Pour l’heure, après quelque 2000 km à travers la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse et la France, le voyage se déroule sans heurts. « En Europe, on peut dormir partout, sauf s’il y a une indication contraire. On a passé quelques nuits dans des stationnements de parcs. C’était tranquille et assez simple. On n’a pas besoin d’électricité ou d’eau, on est autonomes pour quelques jours. »

À part quelques tests de COVID-19 à leurs frais, les tracas administratifs ont été somme toute limités. Chaque matin, Gagnon parcourt les journaux en Europe pour connaître les derniers développements au sujet des restrictions. La situation est particulièrement chaude en Belgique, grand pays de cyclocross où un couvre-feu de minuit à 5 h vient d’être décrété à partir de lundi.

« On s’organise une semaine à la fois, on ne sait pas ce qui va arriver, a indiqué Rochette. Je me trouve chanceuse d’être ici en ce moment. Je suis avec David, on a quand même du fun. Il faut prendre ça avec un grain de sel. On ne se met pas trop de pression ni de stress. »

Tout en gardant un œil sur sa messagerie, sait-on jamais.

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