Le nouveau combat de Gino Odjick

Gino Odjick n’a jamais reculé devant un combat. Il s’est frayé un chemin de la réserve Kitigan Zibi, près de Maniwaki, jusqu’à la Ligue nationale de hockey, en passant par Hawkesbury et Laval.

Rendu là, d’abord avec les Canucks de Vancouver, puis avec les Islanders de New York, les Flyers de Philadelphie et le Canadien de Montréal, il a lâché ses gants pas moins de 148 fois et passé 2567 minutes au banc de punition, le 17e total de l’histoire. Une fois à la retraite, il a ensuite dû mener une bataille pour sa vie il y a six ans quand une maladie rare, l’amylose, s’est attaquée à son cœur.

À l’origine, ses médecins de Vancouver estimaient que ses jours étaient comptés, au point qu’il avait écrit une lettre à ses partisans et amis où il faisait presque ses adieux. Finalement, alors qu’il rentrait dans ses terres de l’Outaouais pour se rapprocher de sa famille, un traitement expérimental effectué à l’Hôpital d’Ottawa l’avait sauvé, un mélange de chimiothérapie et de médicaments l’avait mené à une rémission.

« Les médecins me disent que ça pourrait revenir. J’espère juste que ce sera dans 20 ans », avait-il alors déclaré. Son souhait n’a pas été exaucé. Les tests réguliers auxquels il devait se soumettre ont révélé récemment que son cœur est attaqué à nouveau.

« C’est revenu il y a environ un mois. J’ai recommencé les traitements de chimiothérapie. [Les médecins] l’ont trouvé de bonne heure, ça fait que [j’ai bon espoir] d’être capable de m’en débarrasser. »

— Gino Odjick

« Ça a été un choc, mais qu’est-ce que tu veux faire… Il y avait plusieurs options de traitements, mais j’ai demandé de suivre le même que j’avais eu à Ottawa vu que ça avait marché. Je suis en chimio pour les six prochains mois », a-t-il révélé au Droit cette semaine.

À la fin d’une entrevue d’une quinzaine de minutes où on peut sentir à l’autre bout du fil qu’il a moins de souffle qu’au début, celui qui a célébré ses 50 ans le le 7 septembre dernier ajoutera : « Je suis trop jeune pour mourir ! »

La bonne nouvelle à travers cela est qu’il affirme que son moral est très bon face à cet adversaire invisible qui donne des coups aussi forts que ceux des poids lourds auxquels il était confronté au cours de sa carrière de 605 matchs dans le circuit Bettman. Les Stu Grimson, Dave Brown, Marty McSorley et Tie Domi, entre autres.

C’est important de le mentionner parce qu’Odjick avait eu des problèmes d’abus de substances et de santé mentale avant d’être malade. Peu après le décès de son père Joe, il avait été admis à l’hôpital Pierre-Janet de Gatineau pour des traitements, en décembre 2013. Il s’était alors dit affecté par les nombreuses commotions cérébrales subies au fil de sa carrière de 12 ans dans la LNH.

Les durs à cuire de sa trempe sont maintenant une espèce en voie de disparition dans le hockey professionnel, mais il faut rappeler que le protecteur de l’excellent Pavel Bure à Vancouver pouvait aussi compter des buts : il en avait compté 16 en 1993-1994, année où les Canucks avaient atteint la finale de la Coupe Stanley, s’inclinant devant les Rangers. En carrière, il a amassé 64 buts et 73 passes pour 137 points.

Vancouver

S’il revient à Maniwaki quelques fois par année normalement – la situation de pandémie actuelle et son système immunitaire compromis par ses traitements lui compliquent encore plus la vie –, c’est à Vancouver qu’il a établi ses pénates depuis plusieurs années, là où il est encore fort populaire auprès des amateurs. Il a pu le constater encore une fois en cette année de 50e anniversaire de la franchise des Canucks.

« Je suis allé sur la glace quelques fois pour des cérémonies et les fans criaient encore mon nom comme d’habitude. Trente ans plus tard, ils ne m’ont pas oublié du tout, ça fait chaud au cœur. »

— Gino Odjick

Toujours fier de ses liens avec les Premières Nations, Odjick travaillait pour les propriétaires de l’équipe, la famille Aquilini, faisant le lien avec les différentes nations autochtones en Colombie-Britannique pour acquérir des terrains en vue de développement immobilier. Il exploitait aussi un terrain de golf sur la réserve de Musqueam, où il habite, mais il a dû revendre le bail de location au conseil de bande, qui détenait une option sur le parcours.

« J’aurais aimé continuer et le garder pour toujours, mais ça leur revenait, c’est correct », dit Odjick, qui a cessé de jouer lui-même, blaguant avoir « perdu ses moyens sportifs » en raison de sa maladie. « Je ne suis plus capable de frapper la balle ! », lance-t-il.

D’ailleurs, il est devenu l’entraîneur de l’équipe des anciens des Canucks puisqu’il ne peut plus jouer au hockey non plus.

La grande famille du hockey

La LNH étant une grande famille, le mot a déjà commencé à se passer dans ses cercles que Gino Odjick doit lutter à nouveau pour sa vie, même s’il n’en avait pas parlé publiquement avant aujourd’hui. Michel Therrien, qui l’a dirigé lors de son bref passage d’une saison et quelques mois à Montréal en 2001 et 2002, a été avisé récemment par un de ses meilleurs amis, Donald Audette, qui est dépisteur avec le Canadien.

Pendant la rémission de celui qui était surnommé le « Maniwaki Mauler », les trois hommes avaient eu l’occasion de passer de bons moments ensemble à Vancouver en marge du repêchage de l’an dernier dans le patelin d’adoption d’Odjick.

« J’ai appris ça la semaine dernière et ça m’a mis à terre honnêtement. C’est pas le fun à entendre. Quand je l’ai vu l’an passé à Vancouver, il avait l’air d’aller très bien. J’ai une relation spéciale avec Gino, je le connais depuis ses années dans le junior et je l’ai coaché dans la Ligue nationale. »

— Michel Therrien

« Entendre une nouvelle comme ça, ça m’ébranle. J’étais allé le voir à l’hôpital à Ottawa il y a six ans quand cette maladie-là l’avait frappé une première fois et les médecins ne lui donnaient pas grand temps à vivre à ce moment-là. Mais c’est tellement un fighter que je suis confiant qu’il va pouvoir battre ça à nouveau », a confié Therrien, adjoint d’Alain Vigneault avec les Flyers de Philadelphie, lorsque joint par Le Droit à sa résidence de la Floride.

« Je connais l’individu, je connais la force de caractère du gars. Il va se battre et il va passer à travers encore, comme il s’est toujours battu. Lui, c’est le gars le plus tough que j’ai connu. Et j’en ai connu des toughs. Lui, la mentalité qu’il avait, il est au top de la liste, estime Therrien. J’ai toujours eu bien du respect, pas seulement pour le joueur de hockey, mais pour l’individu. Il était parti de loin. Je me souviendrai toujours, il m’avait dit une fois : “Regarde, Mike, je suis dans la LNH et je suis tellement privilégié. Là, je mange du filet mignon, alors qu’il y a quelques années, je mangeais mes sandwichs au baloney et il y avait cent moustiques qui tournaient autour. Alors mon filet mignon, il n’y en a pas un os… qui va me l’enlever.” Ça m’avait tellement marqué. Il faut savoir à travers de quoi il est passé dans sa vie. C’est une personne très spéciale et bien loyale. »

Therrien, comme bien d’autres de ses connaissances dans le monde du hockey, entend communiquer avec Odjick dans les prochains jours pour l’encourager dans ce nouveau combat.

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