Hip-hop

Imposs, le maître

ÉlévaZIIION (Société Distincte)
Imposs
Joy Ride Records
Quatre étoiles

Le vétéran Imposs revient à l’avant-scène avec sa première nouvelle parution en huit ans, l’album ÉlévaZIIION (Société Distincte). Faisant fi des nouvelles normes du format, il lance un album de 20 titres et de près d’une heure et demie, un pari un peu risqué, mais magistralement relevé. L’icône du rap québ touche à une multitude de genres sans s’y perdre, du rap à l’américaine aux sons pop assumés, et offre son œuvre solo la plus aboutie.

Pour son troisième album, Imposs s’est entouré de pas moins d’une quinzaine de collaborateurs. Il a travaillé trois ans sur cette galette, et il a travaillé fort, ça se sent, ça s’entend. Tous ne se lanceront pas dans une écoute de 80 minutes ininterrompues, on est à une époque de consommation rapide après tout, mais nous pardonnerons un album si long parce qu’aucune chanson ou presque ne démérite sa place.

Marie-Mai, Loud, Rymz, Tizzo, White-B, Shreez, sans oublier ses partenaires de Muzion, Dramatik et Jenny Salgado : Imposs touche à tout dans cet album et ses collaborateurs, des vétérans et des étoiles montantes, l’aident à accomplir cette tâche.

Il fait le pont entre les tonalités trap (et même drill), pop, boom bap, latines et africaines. Les producteurs parmi les plus talentueux du moment, Ruffsound, Ajust, Banx & Ranx, Farfadet, présentent un travail fabuleux.

Si Sans lendemain (avec Marie-Mai) est LA pièce de l’album destinée aux ondes radio, Légendaire (avec une distribution de rêve : Loud, Rymz, Tizzo et White-B) est pour sa part un titre hip-hop de haut niveau. Avec Daisy, on est en plein dans le rap « à l’américaine » que l’on attribue souvent à Imposs. Le morceau d’introduction Trop à perdre est une confession épurée, une entrée en matière solide qui établit d’emblée la teneur de l’album.

Jaco, avec sa sœur et sa complice de Muzion Jenny Salgado, est un bijou, dans les textes jusqu’à la production et aux samples. On y entend d’abord la voix de Dany Laferrière, un échantillon de rara puis un hommage poignant au héros haïtien Jean-Jacques Dessalines.

Tout au long de l’album, Imposs impressionne, encore et toujours, avec ses vers brillamment ficelés, l’alliage de créole au français parfois, la livraison limpide toujours. Il fait rayonner ses partenaires sur chaque pièce, mais brille aussi de mille feux lorsqu’il est seul à réciter. Après 20 ans de carrière, Imposs ne laisse planer aucun doute sur sa capacité à trôner sur les plus hautes marches de l’empire hip-hop québécois.

Rock

Stimulant voyage avec Antoine Corriveau

Pissenlit
Antoine Corriveau
Secret City Records
Quatre étoiles

Ce quatrième album d’Antoine Corriveau est une espèce de voyage plein de relief, qui passe à travers des plaines, des forêts et quelques aspérités. Mais ce chemin qui va de la pop au rock abrasif, en passant par la chanson et d’étranges expérimentations, est tellement viscéral qu’on ne peut que monter avec lui dans sa vieille Corolla 2002 pour voir ce qu’il y a au bout.

Et même si, parfois, on est surpris par ses choix – par exemple, la douce piano-voix Un arbre est précédée de la très rock Albany, suivie de l’étrange Cheapcheapcheap, et l’hymne pop Maladresses est beaucoup trop court, même si c’est vrai qu’on peut toujours l’écouter trois fois d’affilée ! –, le parcours n’est jamais décevant, surtout stimulant. Une impression de puissance se dégage de Pissenlit, dont cinq chansons ont été enregistrées avec cinq batteurs (!) – Quelqu’un et Maison après maison, entre autres, qui sont traversées par une poésie grave. Mais à travers ces 13 pièces qui semblent se parler et se répondre, il y a aussi un grand sentiment de liberté porté par la vastitude du territoire, une certaine douceur, de l’introspection, un peu d’autodérision, des prises de conscience, un engagement.

Antoine Corriveau n’a pas peur de se mouiller et réussit à traiter de racisme (Ils parlent) et de différence (l’émouvante Le bruit des os, à la fois chanson d’amour et d’ouverture). Mais toute la démarche de l’album semble se cristalliser autour de la planante Les sangs mélangés, qui parle de la situation des autochtones avec doigté et sans clichés, qu’il partage avec Erika Angell – elle en a écrit et en chante la moitié en anglais. On sent que l’auteur-compositeur-interprète y a tout mis, toute sa sensibilité et tout son talent, pour ajouter une pierre à l’édifice d’une meilleure compréhension de l’autre.

L’album se termine avec deux chansons plus apaisées, Disparition et En Corolla, et en les écoutant, on se dit non seulement qu’on a fait avec Antoine Corriveau, à travers la fulgurance de ses textes et la recherche de sa musique, un voyage en très bonne compagnie, mais aussi qu’il nous a rendus un peu meilleurs.

Electro-pop

New wave réconfort

As Long as You Are
Future Islands
4AD
Quatre étoiles

Future Islands sort son sixième album avec As Long as You Are. Depuis Singles – son quatrième, sorti en 2014 –, la bande de Baltimore est dans les ligues majeures de l’électro-pop alternative.

Future Islands doit beaucoup à son tube Seasons (Waiting for You), mais surtout à la voix d’ours de son chanteur Samuel T. Herring, ses mouvements de danse si sincères et son look de bon père de famille.

La musique de Future Islands vient du cœur et elle touche immanquablement le nôtre.

L’album s’ouvre avec des sons d’outarde et la chanson Glada. Déjà, nous sommes en mode réconfort. Suivent des airs dansants et un refrain ô combien puissant avec For Sure (extrait sorti en juillet dernier). Autres pièces au ravissement pop de l’album : Waking et Plastic Beach.

Sur d’autres chansons comme City’s Face et Moonlight, notre attention est plutôt portée sur le texte. Il y a une mélancolie dans les propos de Samuel T. Herring, mais aussi l’espoir d’un jour meilleur.

On pourrait reprocher à Future Islands de répéter la même formule d’un album à l’autre. En ce qui nous concerne, on ne souhaite pas voir le groupe se réinventer et délaisser ses méandres sonores new wave. Du moins pas encore.

Pop

Pour les membres du fan club

The Rarities
Mariah Carey
Sony
Trois étoiles

Mariah Carey a lancé la compilation The Rarities, composée de deux albums totalisant 32 chansons. Le premier comprend des enregistrements inédits alors que le deuxième réunit 17 pièces captées en spectacle au Tokyo Dome en 1996, lors de la première tournée au Japon de la star pop.

Mariah Carey a dit sortir cette compilation pour faire plaisir à ses fans qui la suivent depuis les débuts de ses 30 ans de carrière.

Il faut en effet adorer Mariah Carey pour écouter l’intégralité de The Rarities. Tout de même, avec le retour en force des années 90 dans la culture pop, les chansons ont franchement bien vieilli.

On croirait entendre Céline Dion chanter l’introduction de Here We Go Around Again (qui date de 1996). Whitney Houston aurait pu interpréter la ballade Can You Hear Me (qui date de 1991). On aime les airs dance subtils de Cool On You, mais on aime moins certaines ballades plutôt quelconques, dont I Pray.

Seul enregistrement récent : Save The Day, qui revisite en quelque sorte Killing Me Softly with His Song, est interprétée avec nulle autre que Lauryn Hill. Le résultat est malheureusement plus ou moins probant.

Quant à l’album live, c’est avec grand plaisir qu’on reprend goût (parmi une foule) aux tubes de Mariah Carey, que ce soit Emotions, Make it Happen, Vision of Love et même All I Want for Christmas Is You en grande finale.

The Rarities s’avère donc un sympathique voyage dans le temps, mais il faut vraiment aimer Mariah Carey pour se rendre jusqu’au bout.

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