COVID-19

Un effort supplémentaire demandé

Même si les restrictions ont porté leurs fruits, Québec demande aux citoyens de réduire leurs contacts sociaux de 25 %

À mi-chemin des 28 jours de resserrement des mesures sanitaires, le gouvernement Legault constate que les restrictions imposées le 1er octobre commencent à porter leurs fruits. Si le Québec est parvenu à stabiliser le nombre de cas de COVID-19, les Québécois devront faire un effort supplémentaire pour que les courbes redescendent.

Avec en main deux nouvelles études sur l’évolution de l’épidémie, le ministre de la Santé et des Services sociaux a montré des signes d’optimisme, vendredi. « Les données montrent clairement que les sacrifices qu’on fait depuis le 1er octobre fonctionnent », a lancé Christian Dubé lors d’un point de presse à Montréal. « Mais la partie n’est pas gagnée », a-t-il aussitôt prévenu pour éviter un nouveau relâchement.

Au contraire, Québec demande un effort supplémentaire en invitant les Québécois à réduire leurs contacts sociaux de 25 %.

Une des études à laquelle a fait référence le ministre avait précédemment été présentée aux médias par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). En s’appuyant sur trois scénarios prédisant l’évolution de l’épidémie au cours des prochains mois, l’organisme conclut que le Québec aurait pu connaître une croissance exponentielle du nombre de cas de COVID-19, des hospitalisations et des décès si le gouvernement n’avait pas serré la vis au début d’octobre.

Le mur évité

« [À voir la] façon dont était partie l’épidémie en septembre, si rien n’avait été fait, le scénario montre une reprise de l’épidémie assez catastrophique », a expliqué la Dre Jocelyne Sauvé, vice-présidente associée aux affaires scientifiques à l’Institut.

« Ce qu’il faut retenir de ces scénarios est que sans aucune mesure, on s’en allait dans le mur. »

— La Dre Jocelyne Sauvé, vice-présidente associée aux affaires scientifiques à l’INSPQ

Toujours en s’appuyant sur cette étude, Christian Dubé a affirmé que s’il n’avait pas mis en place des contraintes pour une période de 28 jours, le nombre des hospitalisations et celui des décès auraient pu dépasser ceux de la première vague.

Au contraire, en intégrant les mesures en vigueur à sa modélisation, et en se fiant aux comportements actuels des citoyens, l’INSPQ prévoit un scénario où il y a « un aplatissement important de la courbe » au cours des prochaines semaines. Les hospitalisations et les décès pourraient toutefois continuer de croître.

Le troisième scénario, souhaité par les autorités, vise quant à lui une stabilisation de l’épidémie. Pour y arriver, en plus du respect des consignes en cours, la population doit respecter les mesures gouvernementales avec plus de discipline encore.

Le gouvernement demande ainsi aux citoyens de maintenir en tout temps une distance d’au moins deux mètres entre eux. Et, surtout, de diminuer de 25 % leurs contacts « importants », c’est-à-dire une rencontre qui dure plus de 15 minutes.

« Si on peut éliminer un contact sur quatre dans les prochaines semaines, ça pourrait faire une grande différence », a expliqué M. Dubé. « Ça permettrait non seulement de stabiliser la situation, mais d’être dans une situation presque idéale », a-t-il ajouté avec enthousiasme.

Avec optimisme, le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, a ajouté que les résultats de cette étude démontraient « le pouvoir de la réduction des contacts ».

Cet effort supplémentaire de la part de la population pourrait permettre au gouvernement d’assouplir des mesures, par exemple de permettre la pratique des sports d’équipe chez les jeunes.

« Ce qu’on veut, c’est se rapprocher un peu plus de la normalité. »

— Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

La capacité des hôpitaux ne devrait pas être atteinte

La deuxième étude évoquée par le ministre de la Santé est celle de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS), qui évalue chaque semaine les besoins hospitaliers. La semaine dernière, l’organisme gouvernemental avançait que la capacité des hôpitaux québécois risquait d’être atteinte vers le 6 novembre dans plusieurs régions si la tendance à la hausse des hospitalisations se poursuivait.

« Les projections montrent maintenant une tendance vers une stabilisation, tant des nouvelles hospitalisations que de l’occupation des lits », lit-on dans le rapport de vendredi. Pour les quatre prochaines semaines, un dépassement des capacités hospitalières apparaît maintenant peu probable, ajoute-t-on.

« Les Québécois ont réussi à changer la tendance qu’on voyait la semaine dernière », a résumé avec fierté M. Dubé.

13 décès, 1055 nouveaux cas

Malgré la stabilisation du nombre de nouveaux cas de COVID-19, le bilan humain de la pandémie continue de s’alourdir au Québec. Le ministère de la Santé a rapporté vendredi 12 décès survenus au cours de la dernière semaine et deux autres survenus précédemment. Un décès auparavant attribué à la COVID-19 a été retiré du bilan.

Avec 1055 nouveaux cas rapportés vendredi, le plateau observé depuis quelque temps se poursuit. Même en regardant les données corrigées en fonction de la date où les tests positifs ont eu lieu, ce plateau oscillant autour de 1000 nouveaux cas par jour se confirme.

Le ministre Dubé a toutefois noté que le nombre de cas chez les 70 ans et plus continuait à augmenter. Depuis une semaine, on a recensé 850 nouveaux cas de COVID-19 dans ce groupe d’âge, contre 690 la semaine précédente.

Bien que le nombre de cas soit stable, la province continue à observer une nouvelle hausse des hospitalisations. Quatorze personnes de plus ont été admises à l’hôpital, soit au total 507. Parmi elles, 87 se trouvent aux soins intensifs, 4 de plus que la veille.

Le nombre de décès enregistré quotidiennement est également à la hausse. Le bilan rapporté quotidiennement variant beaucoup, la moyenne est désormais d’une douzaine de décès par jour.

Deux éclosions dans un centre de tennis de Laval

Un centre de tennis de Laval vient de fermer ses portes après avoir été associé à deux éclosions de COVID-19 distinctes. Le directeur général de Tennis 13, Paul Patenaude, a indiqué à La Presse que la maladie s’était invitée parmi des participants de programmes sport-études, ainsi que dans un groupe qui loue des terrains pour échanger des balles. Dans le premier cas, 18 personnes (13 élèves et 5 entraîneurs) ont été déclarées positives au coronavirus. Dans le second, ce sont 12 adultes qui ont été infectés. « Ce n’est pas évident de comprendre comment la transmission s’est faite exactement », a dit M. Patenaude. « Tous les cas et les contacts ont été rejoints », a indiqué par courriel Judith Goudreau, porte-parole de la Santé publique de Laval.

— Philippe Teisceira-Lessard, La Presse

Des cas parmi les employés de la traverse Québec-Lévis et du chantier Davie

Douze travailleurs de la Société des traversiers du Québec (STQ) ont été placés en isolement préventif afin de subir un test de dépistage, jeudi soir, après que deux employés de la traverse Québec-Lévis ont été déclarés positifs à la COVID-19. Alexandre Lavoie, porte-parole de la STQ, assure que la Santé publique et le CIUSSS de la Capitale-Nationale ont été mis au courant dès que son groupe a pris connaissance de la situation, en fin de journée. « Ils nous ont confirmé que nos mesures étaient adéquates », indique le relationniste. Par mesure préventive, jeudi, le service de traversier avait été suspendu pendant quelques heures afin qu’on procède à la désinfection « complète » des installations du navire, avec l’aide d’une firme externe spécialisée. Toujours à Lévis, le chantier naval de la Davie compte pour sa part une dizaine de cas actifs au sein de ses employés qui se sont déclarés dans les derniers jours. « Depuis le début de la crise, on parle d’une vingtaine de cas cumulés au chantier, mais seulement 13 cas actifs actuellement sur nos 800 employés », a indiqué le vice-président aux affaires publiques du chantier Davie, Frédérik Boisvert.

— Henri Ouellette-Vézina, La Presse

L’Institut Philippe-Pinel « à un point critique »

L’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel de Montréal, qui compte sept cas actifs de COVID-19 au sein de son personnel, appelle ses employés à respecter les consignes sanitaires pour « freiner la propagation qui sévit actuellement dans l’établissement ». « La transmission communautaire est très importante et touche actuellement le personnel. Bien que la grande majorité du personnel se conforme aux mesures (et je les en remercie), malheureusement, les enquêtes épidémiologiques révèlent que certains employés ont présenté des comportements à risque », écrit la directrice de l’Institut, Manon Boily, dans un avis interne publié vendredi, que La Presse a obtenu. On y apprend notamment que dès le 21 octobre, des gestionnaires seront postés à l’entrée principale du bâtiment à différents moments de la journée, « afin d’encourager le respect des mesures » comme la distanciation sociale, le port du masque, le lavage des mains et le remplissage de questionnaires de triage. Deux patients de l’unité H2 avaient reçu un diagnostic positif le printemps dernier, mais ils se sont rétablis. Chez le personnel, 16 travailleurs de l’Institut qui avaient été atteints de la COVID-19 sont maintenant rétablis. Sept d’entre eux combattent toutefois le virus actuellement.

— Henri Ouellette-Vézina, La Presse

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