Deux ans plus tard : regard sur la cuvée 2018

Ah oui, le Repêchage de la LNH.

Là où l’inconnu s’agence à l’énigme, le tout enveloppé d’un mystère, ajouté à une dose d’excitation et de potentiel.

Pendant que les partisans passent leur temps à rêver à ce qu’un joueur pourrait devenir, il ne faut pas perdre de vue la réalité lorsque vient le temps de repêcher des joueurs de hockey : il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus à chaque année.

Cela ne veut toutefois pas dire que tu ne peux pas connaître du succès à tous les repêchages, mais les attentes ont tendance à négliger le concept du repêchage : tu vas manquer la cible la plupart du temps.

Les opinions au sujet du Repêchage varient, mais voici la mienne : si tu possèdes neuf choix, tu espères que le tiers de ces choix atteindront la LNH et deviendront des joueurs utiles. Cela peut sembler être une faible proportion, mais elle est en fait supérieure à la moyenne lorsque tu remarques que plus de 200 joueurs sont repêchés chaque année, alors qu’il y a environ 700 postes au total dans la LNH.

Oh et il y a aussi tout le volet du développement du joueur, qui est étroitement lié à l’évaluation qu’on fait d’un repêchage, bien qu’il soit impossible pour les recruteurs de le prédire à l’aube d’un repêchage.

Un peu comme tenter de trouver une aiguille dans une botte de foin. Sauf qu’au repêchage, il faut savoir trouver la bonne aiguille quelques années à l’avance. Et cette aiguille se déplace. Beaucoup. Tout comme la botte de foin.

Tout ceci semble plutôt facile à faire, n’est-ce pas ?

Avec tout ça en tête, il faut noter que les Canadiens ont énormément amélioré leur département de recrutement et du développement des joueurs. Si l’un des deux n’accomplit pas sa tâche, l’autre devient inutile. Avec Joël Bouchard et son entourage du côté de Laval, un bon personnel de développement mené par Martin Lapointe ainsi que l’équipe de recrutement de Trevor Timmins, qui compte sur l’un des meilleurs bassins d’espoirs dans la Ligue selon plusieurs experts, le futur semble effectivement prometteur.

Le Repêchage de 2018 s’est avéré un tournant alors que quelques espoirs intéressants y ont été sélectionnés, incluant le troisième choix au total, Jesperi Kotkaniemi.

Kotkaniemi a connu un début de carrière assez particulier, c’est le moins qu’on puisse dire.

À 18 ans, Kotkaniemi a offert une saison recrue très encourageante. Avec 34 points en 79 matchs, dont 29 à 5-contre-5, non seulement le Finlandais a-t-il produit à un niveau très respectable en tant que joueur de troisième trio. Il a aussi obtenu 55 % des tirs, buts et chances de marquer lorsqu’il se trouvait sur la glace. Toutefois, les choses ont dérapé la saison dernière. Que ce soit en raison de la guigne de deuxième année ou du fait qu’il était encore l’un des plus jeunes joueurs dans la Ligue, les statistiques de Kotkaniemi ont péréclité.

Il a fallu que Kotkaniemi soit cédé à Laval pour retrouver le droit chemin.

Avec 13 points en 13 rencontres dans la LAH ainsi que quatre buts lors des séries de la LNH, personne ne peut affirmer que son temps passé à Laval ne lui a pas servi.

Les choses se sont bien déroulées, mais, comme l’a souligné Marc Bergevin, malgré l’aide que Kotkaniemi a reçue, c’est bel et bien le joueur lui-même qui s’est pris en main et qui a progressé.

En 10 rencontres éliminatoires, le septième plus jeune joueur de la Ligue a obtenu des statistiques hors du commun.

Sur la patinoire, Kotkaniemi a contrôlé 60 % des tirs, plus de 80 % des buts et presque 80 % des chances de marquer. Même lorsque nous gardons en tête le contexte dans lequel il a obtenu ces chiffres, ils se rapprochent de ceux qu’obtiennent les joueurs étoiles.

Avec deux saisons derrière la cravate, Kotkaniemi a déjà accumulé un niveau d’expérience à un âge où certains espoirs n’ont toujours pas atteint la LNH. Il devra maintenant travailler à trouver la vitesse supérieure, littéralement et métaphoriquement, de façon constante, mais les raisons ne manquent pas de s’exciter en vue de sa troisième saison dans la Ligue, surtout qu’il est encore à quelques années d’atteindre son apogée.

Parlant d’apogée, il y a un espoir du Repêchage de 2018 qui se démarque par l’une de ses habiletés, une habileté qui peut propulser des joueurs à un autre niveau. Non, je ne parle pas de la capacité avec laquelle Alexander Romanov confond les historiens chaque fois que son nom devient tendance sur les réseaux sociaux, bien que vous devriez vous rendre sur ces plateformes la prochaine fois que cela arrivera pour voir ce qui s’y passe.

Le coup de patin de Jesse Ylönen est déjà parmi les meilleurs de toute l’équipe. Que ce soit par sa vitesse latérale, son accélération ou sa vitesse pure et simple, Ylönen fait mordre la poussière à la majorité de ses adversaires. Malheureusement, une blessure mineure l’a tenu à l’écart du jeu suite à son prêt au Rocket, la saison dernière. Par contre, la raison pour laquelle il voulait venir en Amérique du Nord – soit pour aider le Rocket à se qualifier pour les séries – démontre à quel point il veut aider l’organisation, peu importe la manière.

Ylönen fait partie du groupe d’espoirs qui n’ont pas été sélectionnés en première ronde en 2018, mais qui ont le potentiel d’aider les Canadiens ou le Rocket. Parmi les autres, notons le joueur polyvalent Jordan Harris ainsi que le défenseur de l’Université de Denver Brett Stapley, qui a obtenu 33 % plus de points à sa deuxième année universitaire.

Mais lorsque vient le temps pour les joueurs d’augmenter leur production au niveau des points, Cam Hillis se situe dans une classe à part.

Lors de la saison suivant son repêchage, les blessures lui ont nui avec le Storm de Guelph, alors qu’il n’a obtenu que 22 points en 33 matchs (0,66 point par match). Mais la saison d’après s’est déroulée aussi bien que prévu, ce qui lui a valu un contrat d’entrée avec l’équipe grâce à une récolte de 83 points en 62 rencontres (1,34 point par match).

La première chose que l’on remarque chez Hillis est son approche cérébrale en vue du match; un aspect du jeu que l’on retrouve chez plusieurs espoirs des Canadiens. Oui, il a du talent, mais il est aussi un jeune homme très intelligent, ce qui lui sert à merveille lorsque vient le temps d’anticiper le jeu et, par conséquent, de générer de l’attaque.

C’est donc ce qui conclut cette analyse de la cuvée du Repêchage de 2018.

Attendez !

Ai-je oublié de parler des distinctions de Romanov ? Ce serait une erreur de ma part. Je m’en voudrais d’oublier la manière avec laquelle il a brillé au Championnat du monde junior de 2019, lui qui a été nommé au sein de l’équipe d’étoiles du tournoi, un accomplissement qu’il a répété l’année dernière, en plus d’être nommé meilleur défenseur de la compétition.

Il y a beaucoup d’engouement autour de Romanov, et avec raison. Son potentiel est énorme.

Ce serait toutefois injuste de s’attendre à ce qu’il arrive en Amérique du Nord et se taille immédiatement un rôle avec l’équipe. Cela viendra avec le temps et il pourrait me prouver le contraire en devenant un élément important de l’équipe dès le début. D’ici là, les attentes devraient être modérées.

La même chose peut être dite au sujet de son utilisation très limitée dans la KHL. Bien qu’on ne puisse nier le fait que le temps de glace des jeunes joueurs progresse avec le temps, les défenseurs ont besoin d’être utilisés afin de trouver leur rythme et ils profitent d’occasions en avantage numérique pour obtenir des points.

On ne sait toujours pas comment Romanov s’ajustera à la LNH, mais les recruteurs et les analystes soulignent un aspect de son jeu lorsque vient le temps de dresser un portrait du défenseur russe : son intensité.

C’est le genre de joueur qui veut aider de toutes les façons. Il veut créer des chances de marquer et distribuer des mises en échec percutantes. C’est le genre de gars dans le vestiaire qui fait passer la mentalité de « nous pourrions gagner ce match » à celle de « nous devrions gagner ce match ».

Évidemment, il est encore trop tôt pour déterminer si cette cuvée est un succès. Cela prendra encore quelques années, mais, au moins, il y a des signes encourageants.

Il y a du talent à chaque position et beaucoup de potentiel.

Ce ne sont pas tous les joueurs qui atteindront la LNH, mais, avec leurs récents succès, je ne parierais pas contre la cuvée de 2018.

Marc Dumont, collaboration spéciale traduite par François Lafleur

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