Créer de nouvelles variétés de pomme, fruit de longues années de travail

Après les McIntosh, Lobo et Cortland, peut-être avez-vous entendu parler des Rosinette et Passionata, deux nouvelles variétés de pommes entièrement développées au Québec. Mais comment ont-elles été créées ?

Ces nouvelles variétés, qui se retrouvent dans une dizaine de vergers québécois, sont très recherchées. « J’ai une liste de six pages de clients à appeler quand la Passionata va sortir », se réjouit Claire Brazeau, copropriétaire du Verger de la Montagne à Mont-Saint-Grégoire, en Montérégie.

L’introduction d’une nouvelle variété demande un processus méticuleux qui peut s’étaler sur des dizaines d’années. « J’ai appris avec le temps qu’il ne faut pas avoir peur d’être patient », affirme Roland Joannin, hybrideur et créateur de la Rosinette et de la Passionata.

Afin d’obtenir une nouvelle variété, les experts doivent d’abord créer un hybride à l’aide de deux variétés différentes. « On va venir récupérer le pollen chez le parent mâle et on va le déposer à l’aide d’un pinceau sur le pistil, l’organe reproducteur femelle de la fleur, explique M. Joannin. À l’automne, si tout se passe bien, on obtiendra une pomme. Ses pépins seront considérés comme la descendance. »

Les nouvelles variétés recherchées

Brevetée en 2014, la Rosinette est plutôt douce, avec une saveur fruitée et florale quand elle est à maturité et une petite pointe d’acide pour soutenir le tout. « Elle fait de la compote extraordinaire ! », rajoute Mme Brazeau. Elle explique que, cette année, toute leur production de Rosinette s’est vendue en moins de deux semaines.

Brevetée l’année suivante, la Passionata, qui possède des arômes de muscat et de fruit de la passion, arrive à maturité vers la mi-octobre. Elle est également en grande demande dans les vergers. « C’est une grosse pomme jaune qui a beaucoup d’antioxydants, affirme Mme Brazeau. On peut l’utiliser pour tout : pour faire des tartes, en compote, n’importe quoi ! »

Ces deux variétés devraient arriver en épicerie sous peu. Pour se retrouver sur les rayons, la variété doit être homologuée par Santé Canada. « Pour qu’elles soient brevetées, elles doivent vraiment se démarquer de tout ce qui existe déjà sur le marché », explique Claire Brazeau. Le goût, la couleur, la texture et l’architecture de l’arbre seront des caractéristiques prises en compte.

La clé du succès : la patience

Toutefois, ces nouvelles variétés ne sont pas créées en criant ciseau. « Je pensais avoir des résultats rapidement, mais j’avais des objectifs un peu trop ambitieux », indique Roland Joannin. Entre le moment où les pépins sont semés et celui où les premières pommes sont obtenues, il peut s’écouler entre 7 et 10 ans, selon les croisements. « Après, il y a les observations, puisque ce que vous goûtez aujourd’hui, il faut le goûter demain et le goûter l’année suivante, afin de s’assurer que le goût demeure constant », explique M. Joannin. Il peut donc s’écouler plus d’une vingtaine d’années avant qu’une variété soit homologuée.

Le processus est toutefois loin d’être infaillible. « Sur 8000 hybrides que j’ai testés au cours de ma carrière, il y a seulement deux variétés qui sont homologuées par Santé Canada. Toutes les autres ont fini dans le poêle à bois », illustre l’hybrideur. Roland Joannin nous raconte alors l’histoire d’Eureka, un hybride créé en 2004. Bien que le goût des pommes était excellent au départ, il s’est avéré qu’une fois cultivé et greffé à d’autres arbres, la pomme se fendait à maturité et son goût était très médiocre. Il est fréquent, lors de la création d’hybrides, que certains caractères ne soient pas bien fixés génétiquement, ce qui entraîne de telles modifications.

L’autocueillette

Selon Roland Joannin, les pomiculteurs offrent souvent des pommes cueillies un peu trop tôt, de sorte que les arômes se développent beaucoup moins que lorsqu’elles sont cueillies à point. « N’hésitez pas à demander au verger si les pommes sont à leur summum de qualité. Ce sont des questions qu’il faut poser, car ils ne vous le diront pas forcément », explique-t-il. L’hybrideur rappelle également qu’il ne faut pas oublier de faire confiance à son goût personnel.

Après avoir travaillé des années pour trouver des variétés savoureuses et adaptées aux conditions climatiques du Québec, M. Joannin peut désormais récolter et nous faire partager les fruits de son labeur.

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