COVID-19

Peut-on se marier en zone rouge ?

« On veut que les mariages soient reportés », a dit le premier ministre François Legault en point de presse, le 28 septembre. Pour freiner la deuxième vague de COVID-19, on comprend que les noces – soit les fêtes qui suivent les mariages – sont proscrites en zone rouge, où le virus est le plus présent. Mais doit-on vraiment annuler toutes les cérémonies de mariage ?

Ce n’est pas souhaitable, selon Louis Bourque, directeur général de l’Association d’Églises baptistes évangéliques au Québec (AEBEQ). « Les gens ont hâte de se marier, observe-t-il. Ils ont planifié des choses, loué un appartement. C’est problématique de retarder les mariages prévus. »

Pour les membres des 79 églises de cette association, comme pour les fidèles d’autres religions, il faut être marié avant de cohabiter et de fonder une famille. « On croit en l’abstention des relations sexuelles avant le mariage », précise Louis Bourque. Attendre 28 jours après la date initiale, passe encore. « Mais on ne sait pas si ces nouvelles mesures dureront juste 28 jours », observe avec lucidité le pasteur.

Petit souci : au Québec, l’avis de mariage – qui doit être publié au moins 20 jours avant la date prévue – n’est valide que pendant trois mois. Passé ce délai, il faut publier un nouvel avis, coronavirus ou pas...

Évidemment, les Québécois se sont déjà mariés en temps d’épidémie et de guerre.

« Je ne pense pas que l’État puisse avoir déjà interdit les mariages. »

— Lucia Ferretti, spécialiste de l’histoire socioreligieuse du Québec et professeure au département des sciences humaines de l’Université du Québec à Trois-Rivières

L’Église catholique proscrivait toutefois les mariages pendant le carême et l’avent, « sauf “mariage nécessaire” et alors, la cérémonie était très cachée », dit Lucia Ferretti.

Pas de mariages sur Zoom

Pourquoi se marier pose-t-il actuellement problème ? Pour être reconnu, le mariage doit avoir lieu devant un célébrant, en présence physique des mariés et de deux témoins. Cela fait au moins cinq personnes, habitant facilement à trois adresses différentes, qu’il ne faut donc normalement pas rassembler en zone rouge. Et bien que cela détonne en 2020, « les mariages et les unions civiles ne peuvent être célébrés en mode visioconférence », tranche le Directeur de l’état civil du Québec dans son site internet.

Des exceptions sont toutefois prévues par le décret publié le 30 septembre. Jusqu’à 25 personnes peuvent se rassembler dans un lieu de culte, en zone rouge, en respectant les règles de distanciation.

« En clair, cela signifie qu’un rite religieux du mariage peut avoir lieu dans un lieu de culte, indique Mgr Pierre Murray, secrétaire général de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec. Toutefois, il ne pourrait pas y avoir de “noces” qui suivraient le passage à l’église, puisque les rassemblements sont interdits dans les maisons privées, les restaurants sont fermés et les salles louées sont inaccessibles pour ce genre d’évènement. »

Chez les musulmans, il y a une difficulté supplémentaire : le mariage n’a pas forcément lieu à la mosquée. « Ça peut se faire dans un parc, dans un restaurant, dans le bureau de l’imam, dans un domicile, énumère l’imam Hassan Guillet, un représentant de la communauté musulmane au Québec. La place en soi n’est pas cruciale. » En zone rouge, la mosquée devient le lieu à privilégier.

Il reste les mariages civils, qui représentaient 64 % des mariages en 2019, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Peuvent-ils avoir lieu ? Oui. « Il est effectivement possible de célébrer un mariage dans un palais de justice, et ce, même dans les régions sous alerte maximale [zone rouge], répond Paul-Jean Charest, des relations avec les médias du ministère de la Justice. Les règles applicables à la tenue d’audiences dans les palais de justice s’appliquent également aux mariages qui s’y tiennent. »

Forte baisse des mariages

Le message reste le même : il vaut mieux rester officiellement célibataire, pour le moment. « Il est à noter que le Ministère recommande fortement, s’il est possible, de remettre l’évènement afin de minimiser les risques de propagation », souligne Marie-Louise Harvey, des relations avec les médias du ministère de la Santé et des Services sociaux.

« Pour les catholiques, déjà la plupart des mariages prévus depuis le printemps dernier ont été reportés à l’an prochain, selon le souhait des fiancés », précise Mgr Pierre Murray. Selon les données préliminaires de l’ISQ, il y a eu une baisse des mariages de 25 % en mars et de 50 % en avril, en comparaison avec la moyenne de 2010 à 2019.

C’est du rarement vu, même si le taux de nuptialité a chuté lors du passage de la grippe espagnole au Québec, qui a coïncidé avec la conscription des jeunes hommes devant servir lors de la Première Guerre mondiale. Il est passé de 7,7 mariages pour 1000 personnes en 1917 à 5,8 en 1918. Avant de bondir à 9,4 l’année suivante. Voilà qui peut encourager les célébrants (et les futurs mariés) en manque de festivités...

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