Société

Sur le fleuve, les enfants !

Il y a le fleuve, il y a tout ce frêne disponible. Pourquoi ne pas construire des voiliers artisanaux de toutes pièces et envoyer 10 000 enfants voguer sur le Saint-Laurent ?

C’est l’idée qu’a eue Yves Plante, un capitaine au long cours qui a gagné sa vie en naviguant, notamment en convoyant des voiliers entre les Antilles et le Québec.

« Je suis déjà parti un an en solo jusqu’au Cap, en Afrique du Sud. Quand on navigue autant, il y a toujours des réparations à faire. J’ai fini par gagner en habileté et par avoir ce désir qui habitait déjà nos ancêtres du début de la colonie : celui de bâtir mon propre voilier », explique Yves Plante.

Le projet a vite pris de l’ampleur et c’est maintenant carrément une flotte montréalaise de voiles-avirons qui est en construction avec l’aide de simples citoyens « pour les rapprocher entre eux et pour initier à la voile des milliers d’enfants ». À la petite semaine, depuis 2015, des Montréalais sont donc venus l’aider à bâtir ses embarcations. Quelques-uns sont manuels, certains sont des navigateurs. D’autres sont les deux, comme Yves Brunet, qui a été à la fois ébéniste et marin dans l’Arctique. Rien de moins.

« Mais la majorité sont des pousseux de crayon qui en ont assez de passer toute leur journée devant un ordinateur », explique M. Plante.

Un rêve inaccessible pour tant d’enfants

Pour sa part, Paula Venegas a convaincu ses parents de venir avec elle au Pied-du-Courant, à l’ombre du pont Jacques-Cartier, pour qu’ils contribuent en famille à la construction de cette flotte hors du commun.

« Je l’ai surtout fait parce que je trouvais le projet très beau. La voile, c’est cher, c’est un rêve inaccessible pour tant d’enfants ! Comme nous sommes originaires du Chili, où la mer n’est jamais loin, le fleuve, pour nous, c’est important. »

— Paula Venegas

Depuis le début du projet, qui est subventionné par les gouvernements fédéral et provincial et par la Ville de Montréal, huit voiliers à dix places ont été fabriqués avec l’aide d’environ 250 Montréalais.

Le bois est donné par la Ville de Montréal et il provient des frênes malades qui ont dû être abattus. La coque est en toile. « En fibre de verre, ça aurait été hors de prix, alors que nous, ce que l’on veut, ce ne sont pas des voiliers de la Coupe America, mais des voiliers techniquement et financièrement accessibles, faciles à assembler, à moins de 20 000 $ », précise M. Plante.

Hormis le tout premier bateau qu’il a fallu défaire parce qu’il n’était pas tout à fait au point, les voiliers vont très bien et ils ont même permis à des scouts d’aller jusqu’à Québec l’an dernier, en campant le long du Saint-Laurent.

« Yves Plante a soumis l’idée à nos chefs scouts, explique David Lattaro, qui a été de l’expédition. Certains de mes amis qui n’avaient jamais fait de voile avaient un peu peur, mais ç’a été le plus beau de nos camps scouts ! »

Il garde en mémoire cette traversée du lac Saint-Pierre, lors d’une journée sans aucun vent où le principe du voilier-aviron a pris toute son importance. « Ce jour-là, on est resté 11 heures sur l’eau, à ramer tout le long ! »

L’objectif de permettre à 10 000 jeunes de s’initier à la voile n’est-il pas un peu ambitieux ? Tout à fait réaliste, croit au contraire M. Plante. « Cet été, en seulement neuf jours et trois bateaux, on a donné des cours de trois heures à 500 jeunes. Plus on ajoutera de voiliers, plus vite on se rapprochera de l’objectif. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.